Stanislas LemEditions Calman-Levy, 1988
Extractions
On a allongé le trajet sans connaître les limites de la zone dangereuse. On y a envoyé des géologues, on aurait pu tout aussi bien y expédier des dentistes, eux aussi sont spécialistes en cavités.
Les paysages qui habillent les planètes les plus proches du Soleil se caractérisent toujours par un aspect utilitaire ou sauvage. Ayant une stricte vocation utilitaire sur la Terre, chaque paysage est organisé dans un but précis. Les milliards d’années organiques ont abouti à l’apothéose de l’utile. Aussi les couleurs des fleurs attirent-elles les insectes et les nuages arrosent-ils les bois et les pâturages. Toutes formes et toutes choses s’expliquent par leur utilité.
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Sur Titan, rien ne trouve jamais son utilité et la guillotine de l’évolution, amputant tout sauvageon de ce qui ne protège ni ne sert la lutte biologique, n’y fonctionne jamais. Aussi la nature n’y est-elle pas limitée par sa création de vie, pas même par ses actes de mort, elle peut prendre toutes les libertés, se livrer à tous les débordements, montrer sa puissance créatrice éternelle et sans but, sans nécessité, sans sens.
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L’homme n’a pas intérêt à connaître parfaitement sa structure corporelle et spirituelle, car il prend aussitôt conscience de ses limites. Et les prénoms n’entrent dans aucun système logique, ils sont purement conventionnels. Chacun répond à son nom, mais s’il en change, il reste toujours le même. Un hasard nommé « parents » décide des prénoms.
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Les mêmes principes rendent d’ailleurs impossible l’appréhension des spectacles grandioses qui marquent les âmes humaines. On peut plaindre le malheur des individus, de la famille, mais l’extermination de milliers ou de millions d’êtres n’est qu’une abstraction cachée par des chiffres, dont l’essence reste inconcevable.
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Ils étaient persuadés qu’à force de développer l’intelligence mécanique, celle-ci s’assimilerait à l’esprit humain pour le dépasser ensuite. Il avait fallu plus de cent ans pour que leurs successeurs se persuadent qu’il ne s’agissait là que d’une fiction anthropocentrique. Le cerveau humain est un esprit dans une machine qui n’en est pas une : inséparable du corps, le cerveau sert ce dernier et est servi par lui.
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