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Monday, November 14, 2005

L'ARC-EN-CIEL-LOINTAIN

Arcadi et Boris Strougatsky

Fleuve Noir, 1982

Extraits

« Quant à mes manières, continua Camille, monotone, elles sont étranges. Les manières de chacun sont étranges. Seules vos propres manières vous paraissent naturelles. »

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« Je ne sais pas ce que c'est, une vie simple, dit Marc, mais toutes ces fleurs qui riment avec bonheur, ces roses écloses, ces petits chemins qui sentent la noisette, à mon avis, ça ne fait que pervertir. Le monde est encore insuffisamment organisé, il est encore trop tôt pour se laisser aller au bucolisme. »

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« L'Enfance ! (Le directeur s'affala de nouveau sur l'accoudoir.) L'Enfance est l'unique endroit où l'ordre prévaut. Les enfants sont un peuple merveilleux ! Ils comprennent parfaitement ce que signifie: "c'est interdit"... »

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« L'humanité se trouve à la veille d'un schisme. Les émotionnistes et les logiciens - apparemment, il parle des gens de l'art et des gens de science - deviennent étrangers les uns aux autres, ne se comprennent plus et n'ont plus besoin les uns des autres. Un homme naît émotionniste ou logicien. C'est inné. Et le temps viendra où l'humanité se scindera en deux sociétés aussi étrangères l'une à l'autre que nous sommes étrangers aux léonidiens... »

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« C'est drôle, quand même. On se perfectionne, on ne fait que se perfectionner, on devient meilleur, plus intelligent, plus pur, mais quel plaisir, malgré tout, lorsque quelqu'un décide pour soi...»

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« - Je savais que vous étiez là, Leonid, annonça Camille. Je vous cherchais.
- Bonsoir, Camille, marmonna Gorbovski. ça doit être ennuyeux: tout savoir... »


READ DURING WEEK 43/05

Sunday, September 11, 2005

LES-MUTANTS-DU-BROUILLARD

Arkady et Boris Strougatsky

Edition Originale: GADKIE LEBEDIE, 1972
Editions Albin Michel, 1975


Extrait

« L’humanité a fait une banqueroute biologique – la natalité décroît, le cancer progresse, les faibles d’esprit, les névrosés sont plus nombreux, les gens se droguent. Ils absorbent quotidiennement des centaines de tonnes d’alcool, de nicotine, des drogues tout simplement, ils ont commencé par le Hashisch et la cocaïne et fini par le LSD. Nous sommes purement et simplement en pleine dégénérescence. Nous avons détruit la nature réelle, et l’artificielle nous détruit à notre tour. Puis, nous avons fait une banqueroute idéologique – nous avons passé en revue tous les systèmes philosophiques et les avons discrédités, nous avons mis a l’épreuve tous les systèmes imaginables de morale et nous sommes demeurés aussi amoraux que les bestiaux, que les troglodytes. Le plus terrible, dans tout cela, est que la morne masse des hommes reste, de nos jours, le même ramassis de canailles qu’elle a toujours été. L’humanité a, en permanence, des exigences qu’elle demande aux dieux, aux meneurs et à l’ordre de satisfaire, et chaque fois qu’elle reçoit satisfaction des dieux, des meneurs et de l’ordre, elle en éprouve du mécontentement car, en réalité, elle n’a besoin de rien, ni des dieux ni de l’ordre, il lui faut le chaos, l’anarchie, du pain et des spectacles. Actuellement, elle est prisonnière de la nécessité absolue où elle se trouve de toucher toutes les semaines la petite enveloppe contenant la paie, mais l’idée de cette nécessité la dégoûte, et elle s’en libère tous les soirs dans l’alcool et la drogue… Le diable soit de l’Humanité, cet amas de peaux en putréfaction qui empeste, depuis dix mille ans, et n’est plus bon à rien qu’à tuer et à infester l’air. Il y a autre chose de terrifiant : nous sommes tous la proie de la dépravation – Les Hommes avec un grand H, les personnalités. Nous assistons à cette décomposition de la société et nous nous imaginons qu’elle ne nous concerne pas mais, de toute façon, elle nous distille le poison du désespoir, ronge notre volonté, nous enlise… »

READ DURING WEEK 36/05

Sunday, September 04, 2005

LE-DERNIER-CERCLE-DU-PARADIS

Arkady et Boris Strougatsky

Edition originale: The final circle of paradise, 1976
Le Masque - Science Fiction, 1978


Extrait

« Dans l’ensemble, il n’y avait rien de bien intéressant à lire dans les hebdomadaires ; je les parcourus rapidement et leur lecture me laissa une impression des plus déprimantes.

Tous n’étaient remplis que de bons mots affligeants, caricatures grossières – parmi lesquelles les feuilletons « sans parole » se distinguaient par leur particulière ineptie – biographies de personnalités sans intérêt, tranches de vie larmoyantes dans diverses couches de la société, série de photos cauchemardesques accompagnées de légendes telles que « Votre mari au travail ou à la maison », quantités invraisemblables de « conseils utiles » sur la façon de passer le temps sans mettre son esprit à l’épreuve – surtout pas – diatribes aussi idiotes que passionnées contre l’alcoolisme, le hooliganisme et la débauche, invitations à adhérer a des clubs ou à des chorales dont j’avais vu le nom quelque part. Il y avait aussi les mémoires de participants à la « guerre » ou à la lutte contre le crime organisé, mémoires servis dans un style verbeux par des personnes stupides manquant totalement de goût et de conscience. Il s’agissait manifestement des exercices de quelques adeptes d’une certaine littérature à sensation, regorgeant de souffrances et de larmes, d’exploits magnifiques et d’avenir en toc. Il y avait aussi des grilles de mots croisés, des rébus, des puzzles, tout aussi interminables les uns que les autres.

Je lançai la pile de journaux dans un coin de la pièce. Quelle part effroyable était la leur ici ! Ici, où l’imbécile était choyé, où l’imbécile était éduqué, nourri avec amour, où l’imbécile était devenu la norme, où pour peu, il serait devenu l’idéal, avec de jubilants docteurs en philosophie lui organisant sa vie à sa place. »

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« A la fin du siècle, époque où les premiers triomphes de la psychotechnologie des ondes furent obtenus, et où les hôpitaux psychiatriques commençaient à se vider – autant d’événements salués à l’unisson par les commentateurs scientifiques – le petit ouvrage de Krinitsky et Milanovitch avait fait l’effet désagréable d’un pavé dans la mare. Dans cet ouvrage, en guise de conclusion , les éducateurs soviétiques écrivaient à peu près ceci : « Dans l’écrasante majorité des pays, l’éducation des jeunes existe au niveau des dix-huitième et dix-neuvième siècles. L’ancien système d’éducation s’est toujours fixé et continue de se fixer pour objectif, d’abord et par-dessus tout, la préparation à l’intégration dans la société d’individus contribuant par leur qualification, mais aussi par leur abrutissement total, au processus de production. Ce système ne s’intéresse absolument pas aux autres potentialités de l’esprit humain, de sorte que, en dehors du processus de production, l’homme envisagé collectivement demeure psychologiquement parlant un homme des cavernes, l’homme Inculte. La non-exploitation de ces potentialités est la cause de l’inaptitude des individus à comprendre la complexité de notre monde dans toutes ses contradictions, à faire psychologiquement le rapport entre des concepts et des phénomènes incompatibles, à tirer plaisir de l’étude de relations et de lois à partir du moment où elles ne correspondent pas directement à la satisfaction des instincts sociaux les plus primitifs. En d’autres termes, ce système d’éducation, pour des raisons pratiques, ne développe chez l’homme ni l’imagination pure, ni une vision libre des choses, ni, par voie de conséquence, le sens de l’humour. L’Homme Inculte ne perçoit le monde que comme une espèce de processus essentiellement banal, routinier et affreusement conventionnel, un monde dont il est possible au prix d’un très gros effort de tirer des plaisirs, qui deviennent à leur tour, en fin de compte, obligatoirement routiniers et conventionnels. Mais même les potentialités inutilisées demeurent apparemment une réalité cachée de l'esprit humain. »


READ DURING WEEK 35/05