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Saturday, March 25, 2006

PORTRAIT-DE-L'ARTISTE-EN-JEUNE-FOU

Philip K. DICK


Edition Originale: Confessions of a Crap Artist, 1975
Editions 10/18, Domaine Etranger, 1982

Extractions

Au cours d'une conversation, en 1974, Dick me disait: "A vrai dire, je n'ai jamais très bien compris l'idée d'un protagoniste unique... Pour moi, les problèmes sont multipersonnels, ils nous concernent tous; un problème strictement personnel, ça n'existe pas... C'est seulement une forme d'ignorance, quand je me réveille le matin, que je trébuche contre un fauteuil et me casse le nez, que je suis fauché et que ma femme m'a quitté - C'est mon ignorance qui me fait penser que je suis l'univers tout entier et que ces misères me sont propres et n'affectent en rien le reste du monde. Si je pouvais le contempler du haut d'un satellite, ce monde, je verrais, dans s totalité, chaque être humain en train de se lever et, d'une façon plus ou moins analogue, de trébucher contre un fauteuil et de se casser quelque chose."


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Je suis composé d'eau. Personne ne peut s'en apercevoir, parce qu'elle est contenue à l'intérieur. Mes amis sont composés d'eau eux aussi. Tous autant qu'ils sont. Notre problème, c'est que nous devons non seulement circuler sans être absorbés par le sol, mais également gagner notre vie.


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Quand j'ai fini de resculpter un pneu, il n'a absolument pas l'air d'avoir été fait à la main. Il est rigoureusement semblable à un pneu sculpté par la machine, et pour un resculpteur, c'est le sentiment le plus satisfaisant du monde.


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-Est-ce qu-on peut attraper des maladies vénériennes en touchant des lampadaires ou des boîtes aux lettres? me demanda Charley.
-On peut, si on a l'esprit à ça, répliquai-je.


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Lorsque je lui demandai pourquoi il disait ça, il répondit qu'il savait foutre bien que Jack n'était pas forcé de se conduire de cette façon; s'il le faisait, c'est qu'il le voulait bien. Pour moi, ce subtil distinguo n'avait aucun sens, mais Charley accordait toujours beaucoup d'importance à ce genre de choses.


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Jusqu'alors, il avait paru incapable d'imaginer la guerre comme un événement réel, ni même le monde dans lequel se déroulait la guerre. Il n'avait jamais pu faire la différence entre ce qu'il lisait et ses expériences vécues.


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Entre le bon sens et l'absurde, il préférait l'absurde. Il pouvait très bien faire la différence - mais son goût le portait vers les inepties; il s'en bourrait de façon systématique. Comme un quelconque abruti du Moyen Age apprenant par coeur toute l'absurde théorie de saint Thomas d'Aquin sur l'univers.


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Un enfant est un animal crasseux et amoral, sans instinct ni bon sens, qui souille son propre nid dès qu'il en a l'occasion.


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Ex-membre d’une association d’étudiantes, épouse d’un homme fortuné, vient s’installer à Marin County, crée un groupe de danse moderne. La culture à la portée des paysans et des vaches.


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J’étais désolée de les voir partir, mais en même temps, cette rencontre entre eux et nous m’avait, en fin de compte, déçue. Il n’en était rien sorti d’important ; Dieu seul sait d’ailleurs que je ne savais pas ce que j’en avais attendu.


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Elle me foudroyait du regard, avec cette expression mi réelle mi-feinte, que je connaissais si bien ; elle avait une telle façon de mélanger une affirmation sérieuse et l’ironie qu’on ne pouvait jamais savoir si elle parlait sérieusement.


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Au bout d’un certain temps, elle réussit à le convaincre que quelque chose clochait chez lui s’il éprouvait le besoin d’aller se soûler la gueule et de lui cogner dessus quand il rentrait à la maison ; au lieu d’y voir un simple moyen d’ouvrir la soupape ; elle parut considérer ce comportement comme le symptôme d’un vice profond chez lui, et même dangereux.


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En bonne cloche qu’il était, Charley rouspétait parce qu’elle allait chez le docteur et en même temps prenait pour parole d’évangile tout ce qu’elle lui répétait de ses séances. Un type qui se faisait payer vingt dollars l’heure était forcément qualifié.


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Il avait envers elle la même attitude qu’envers un livre ou un journal ; il pouvait éventuellement renâcler et protester, mais en fin de compte, ce que le livre ou le journal disait était vrai. Il n’avait aucune confiance en ses propres idées. Comme tous les autres, il se reconnaissait lui aussi comme une cloche de première catégorie.


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Quand il reprit conscience, il était couché dans un grand lit, le visage et le corps rasés. Ses mains, ses doigts sur les draps, ressemblaient aux doigts roses d’un cochon. Je suis devenu un cochon, pensa-t-il. Ils m’ont enlevé tous mes poils et ont frisé ce qui restait ; ça fait longtemps que je pousse des grognements.


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Quand elle n’aime pas faire quelque chose, elle ne le fait pas. Elle trouve quelqu’un d’autre pour s’en charger. Je ne l’ai jamais vue faire quelque chose qui lui déplaisait. C’est ça, sa philosophie. Vous devez bien le savoir ; vous discutez toujours philosophie avec elle.


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Le Christ venait d’une autre planète. D’une race plus évoluée. La terre est la planète la plus arriérée de l’univers.


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Mme Mayberry entreprit alors de me donner des détails. Elle les avait eus indirectement, mais paraissait les croire exacts. En fait, elle les tenait de la femme du jeune pasteur vivant à Point Reyes Station. Ceux du groupe des soucoupes volantes étaient de toute évidence persuadés qu’ils allaient être arrachés à la Terre et embarqués pour le cosmos juste avant la catastrophe. Jamais de ma vie je n’avais entendu de pareilles conneries, jamais.


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Glissant le canon du revolver dans sa bouche, il pressa la détente.
Une lumière jaillit. Et non pas un son. Il vit, pour la première fois. Il vit tout. Il vit comment elle l’avait manœuvré. Comment elle l’avait amené là.
Je vois, dit-il.
Oui, je vois.
En mourant, il comprit tout.


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Je n’assistais pas à la cérémonie, parce que le corps est le tombeau de l’âme, comme l’a dit Pythagore, et qu’en naissant, un être a déjà commencé à mourir.


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La déraison du commun des hommes met la science en échec. Les états d’âme de la masse sont insondables ; c’est un fait.


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Si vous suiviez un traitement psychiatrique, vous auriez beaucoup moins de problèmes. Voyons les choses en face. Il avait emprunté cette formule « voyons les choses en face » à ma sœur. C’est intéressant de voir l’influence que peut exercer sur quelqu’un le vocabulaire d’une autre personne. Tous ceux qui ont eu affaire à elle finissent par dire ça ainsi que, « de toute mon existence », et « Seigneur Dieu ». Sans parler de ses expressions véritablement ordurières.


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D’après la Bible, quand viendra la fin du monde les morts se lèveront de leurs tombes au son de la dernière trompette. En fait, c’est une des façons de savoir que la fin du monde arrive, quand les morts se lèvent de leurs tombes.


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Non seulement Charley Hume n’était pas revenu à la vie, mais la fin du monde ne s’était pas produite, et je me rendis compte de Carley, il y avait bien longtemps, avait eu raison à mon sujet, en affirmant que j’étais le roi des cons. Tous les faits que j’avais enregistrés étaient de la connerie pure et simple.


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Donc, à mon avis, je ne devrais pas être la seule personne accusée de croire à des notions manifestement ridicules. Tout ce que je veux, c’est que le blâme soir réparti de façon équitable. Pendant une journée et quelques, j’ai envisagé d’écrire aux journaux de San Rafael et de leur raconter l’histoire sous forme de lettre au directeur. Après tout, ils sont obligés de la publier. C’est leur devoir en tant que service public. Mais en fin de compte, j’ai changé d’avis. Au diable les journaux. Personne ne lit les lettres au directeur, sauf d’autres dingues. En fait, le monde entier est peuplé de dingues. De quoi vous saper complètement le moral.

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Friday, March 24, 2006

MON-ROYAUME-POUR-UN-MOUCHOIR

Philip K. DICK

Edition originale: Puttering About in a Small Land
Editions 10/18, Domaine Etranger, 1993


Extractions

Certaines expériences sont opposées à la vie quotidienne ; elles sont condamnées à errer dans la nuit avant que l’humanité les reconnaisse ou bien les écarte comme relevant uniquement du domaine de l’imagination.

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Son humeur était à l’optimisme, mais Virginia, elle se déroba. Aussitôt qu’elle l’eut reconnu, elle se sentit tourmentée par l’un de ces pressentiments où la raison n’a rien à faire et qui trouvent leurs racines dans l’expérience de l’enfance et la poisse.

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Tu ne vas pas être d’accord, dit Virginia, mais je pense que la guerre est une bonne chose en raison des changements qu’elle apporte. Quand tout cela sera fini, le monde sera tellement meilleur qu’il nous dédommagera de la guerre.

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Il a sauté de l’arrière du camion, ce vieux dépotoir dans la cour, et il s’est planté sur un morceau de métal recourbé qui lui a sectionné le gros orteil, ou c’est tout comme. Nous avons trouvé cela comique ; je me revois, m’éclipsant, en train de rire, la main sur la bouche. Et puis, il a attrapé le tétanos. Et il est mort.

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Pourtant, en fait, il avait semblé content, cet homme, dans sa petite boutique morose. « Oui, mais il n’avait qu’une allure d’employé, pâle et douce. Une sorte d’asexué, chantonnant pour lui-même et souriant aux clients. Misérable, cette façon de vivre.

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Une vision d’ensemble s’imposa à lui. Des escrocs, des filous de toute espèce. Il les apercevait, dans les immeubles de bureaux, et il voyait fonctionner l’activité d’abus de confiance, ses roues, sa machinerie. Bureaux de prêt, banques, médecins, dentistes, guérisseurs et charlatans s’abattant comme rapaces sur les vieilles dames, Pachucs brisant les vitrines de magasins ; équipements défectueux, nourriture pleine d’immondices et d’impuretés, chaussures de carton, chapeaux fondant sous la pluie, vêtements qui rétrécissent et se déchirent, voitures qu bloc moteur fendu, sièges de toilettes porteurs de germes, chiens qui sèment dans la ville la gale et la rage, restaurants qui servent des aliments avariés ; propriétés immobilières submergées, stocks bidon détenus par des sociétés inexistantes, magazines de photos obscènes, animaux abattus de sang-froid, lait contaminé par des mouches crevées, punaises, excrétions et vermines, détritus et ordures, pluie d’immondices dans le rues, sur les buildings, magasins et maisons.

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Ils avaient le même air grave que leur père, sa façon de transformer n’importe quoi en une action d’importance.

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Au magasin, le samedi était généralement le jour le plus chargé. Au comptoir, Roger sombra dans une sorte de somnambulisme ; il laissa ce samedi-là se fondre dans ceux du passé et dans ceux de l’avenir.

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Le sérieux et le silence qui caractérisaient Chic rappelaient à Virginia l’activité des mammifères capables de prévoir et qui s’en vont ramasser de provisions pour l’hiver. Il passait les choses en revue, et avec 10 ans d’avance il voyait ce qu’il en adviendrait. Le présent ne l’impressionnait pas.

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Le sujet ne paraissait pas éveiller en lui un sentiment profond, celui de l’excitation attachée aux fusions de société et à leur expansion. « Quelle vision étroite, songeait Virginia : du bricolage dans un mouchoir de poche. Il est heureux quand il a fabriqué un téléviseur dans sa matinée, un autre dans son après-midi. Et puis, la sonnerie du téléphone… Il trône dans un royaume tellement insignifiant. »

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« Des mots. Ses mots… Les mots de n’importe qui. Complètement vides, prémédités. » Tout comme s’il écoutait un édit de quelque conseil, lu pour lui à voix haute. Un groupe d’individus à l’esprit libre, enfilant des phrases à n’en plus finir, puis se les récitant, de l’un à l’autre, d’une vois froide. Pour finir, ils l’avaient envoyée, elle, les lui déclamer : elle n’était qu’une préposée.

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Le monde nous tourmente, et nous réagissons en nous tourmentant nous-mêmes. Je m’étonne que nous puissions avoir de nous une opinion assez mauvaise pour nous associer à cet état d’esprit. Nous sommes d’accord vous et moi, je suppose, pour admettre que ce jugement porté sur nous est justifié. Nous ne méritons pas le bonheur, et quand il nous en arrive une miette nous sentons que nous avons volé quelque chose qui ne nous appartient pas.

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Les gens disent, et on les entend dire, que chaque individu possède bien des qualités, mais moi je n’entre pas dans ce système, parce qu’à mes yeux c’est une chose terrible de prendre ainsi le rôle d’un juge, d’établir un modèle, de prononcer des jugements, comme si on était en situation de décider ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. C’est à chacun qu’il appartient de déterminer la meilleure voie, et ceux qui l’aiment le laissent libre d’agir ainsi lorsqu’ils ont vraiment du respect pour lui. Je sais bien que ceux qui ont de la religion ne sentent pas cette situation comme moi, mais je le regrette. Les êtres humains ont plus d’importance que les théories morales.


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Wednesday, February 08, 2006

ROBOT-BLUES

Philip K. DICK

Edition originale: Do Androids Dream of Electric Sheep?, 1968
Editions Champs Libre, 1976

Extraits

Des spéciaux n’arrêtaient pas de venir au monde, engendrés par des normaux grâce à cette foutue poussière. Comme le proclamaient les affiches, les spots publicitaires à la télé et le propagande de merde que le gouvernement envoyait à tout le monde par la piste : « Emigration ou détérioration ! Emigrez ou dégénérez, c’est à VOUS de choisir ! »

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Ainsi s’était effectuée l’immigration. L’androïde servait de carotte, les retombées radioactives de bâton. L’ONU avait rendu l’émigration facile et s’était ingéniée à rendre la vie difficile, sinon impossible, à ceux qui restaient. Traîner sur Terre, c’était s’exposer à la menace d’être un jour ou l’autre décrété biologiquement inacceptable, taré, dangereux pour la préservation de l’espèce. Une fois étiqueté « spécial », et quand bien même stérilisé, on sortait littéralement de l’Histoire. On cessait de faire partie de l’humanité.

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Il vivait seul dans le grand immeuble, aveugle et dégradé, avec ses mille appartements inoccupés, qui retournait peu à peu, comme tous ses semblables, à l’entropie, aux ruines… A la longue, l’immeuble tournerait en ratatouille indistincte, fatras sans nom empilé du plancher au plafond de chaque appartement, couches indifférenciés d’un pudding hétérogène et pourtant homogène. Ensuite, l’immeuble lui-même perdrait peu à peu sa forme, rejoignant dans son ubiquité triomphante la cendre et la poussière.

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De toute évidence, l’empathie appartenait en propre à l’esprit humain, alors que l’intelligence se retrouvait, avec des différences de degré, à tous les échelons de l’évolution, jusque chez les arachnides. D’abord la faculté empathique ne pouvait appartenir qu’à un animal social. Un organisme solitaire, comme celui de l’araignée, n’en avait aucun besoin. Bien au contraire, l’empathie amoindrirait probablement les chances de survie de l’araignée qui en serait dotée. Elle deviendrait consciente du désir de vitre de sa proie. Avec une telle faculté, tous les prédateurs, y compris les mammifères les plus évolués, les félins, crèveraient de faim.

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Il songea encore au besoin qu’il éprouvait de posséder un animal vivant, à la véritable haine qu’il commençait à ressentir pour son mouton électrique qu’il entourait d’autant de soins que s’il avait été vivant. « Comme les objets sont tyranniques, pensa-t-il. Ce truc ne sait même pas que j’existe. Comme les androïdes, il est incapable de se rendre compte de l’existence des autres. »

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La bistouille, c’est tous les objets qui ne servent à rien, les fouillis, les trucs inutiles, le courrier publicitaire, les boîtes d’allumettes vides, les papiers de chewing-gum et les journaux de la veille. Quand il n’y a personne, la bistouille se reproduit. Tenez, si vous allez vous coucher en laissant de la bistouille traîner chez vous, le lendemain matin, vous en trouvez le double. Ça n’arrête pas de croître.

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Le ramassage des ordures était devenu une des premières industries terriennes. La planète tout entière se transformait peu à peu en dépotoir et pour qu’elle continue d’être habitable par la population restante, il fallait, de temps en temps, faire disparaître une certaine quantité de débris de toute sorte. Sinon… comme aimait à le dire l’Ami Buster, la Terre ne disparaîtrait pas sous les retombées radioactives, mais sous les ordures ménagères…

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- Le test que vous voulez me faire passer…
Sa voix commençait à revenir.
- …vous l’avez passé, vous ?
- Oui, acquiesça-t-il, il y a longtemps, très longtemps, quand je suis rentré dans la maison.
- C’est peut-être un faux souvenir. Les androïdes ont souvent de faux souvenirs.

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« Il faut que je lui dise, songea Rick. C’est immoral et cruel de ne pas le faire. Monsieur Resch, vous êtes un androïde, dit-il en lui même. Vous m’avez sorti d’ici et voici votre récompense ; vous êtes tout ce que l’un comme l’autre nous exécrons. L’essence de ce que nous nous consacrons à détruire. »

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- On te demandera de faire le mal où que tu ailles. C’est le fondement de la vie : avoir à violer sa propre identité. Chaque créature vivante y est amenée un jour. C’est l’ombre ultime, la défaite de la création ; c’est l’ouvrage de la fatalité ; la fatalité qui se nourrit de la vie. Partout dans l’univers.

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« Pharmacien sur Mars », lut-il sur la fiche de renseignements. C’était, du moins, la couverture choisie par l’Andro. Mais c’était probablement un manuel, un ouvrier agricole rongé d’ambitions. Les androïdes rêveraient-ils ? se demanda Rick. Bien sûr, puisqu’il leur arrive de tuer leur patron pour s’enfuir vers la Terre. Vers une vie meilleure, sans servitude.

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Elle sourit avec une légèreté qui tranchait bizarrement sur ses propos. Rick était incapable de dire si elle était sérieuse. L’importance, la gravité du sujet qu’elle abordait ne l’empêchait pas de parler sur un ton badin. « Peut-être se comporte-t-elle tout simplement comme une androïde, songea-t-il. Aucune émotion réelle, aucun sens de la signification réelle de son discours. Rien qu’une compréhension purement intellectuelle, abstraite, une réduction atomiste du monde à un ensemble de constituants sans lien les uns avec les autres… »

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En apparence, elle avait recouvré un semblant de dignité. Mais sous la surface, elle restait aussi tendue et frénétique. Cette flamme même finit par vaciller ; l’élan vital s’échappait d’elle par tous les pores de sa peau, comme ça arrivait si souvent à des androïdes. Une résignation classique. L’acceptation intellectuelle, quasi mécanique, de ce à quoi un véritable être vivant, avec deux milliards d’années de lutte pour la vie inscrites dans ses gènes, ne se serait jamais résigné.


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Tuesday, January 17, 2006

DERNIERE-CONVERSATION-AVANT...

Gwen Lee & Doris Elaine Sauter

Edition originale: What If Our World Is Their Heaven ?
The Final Conversation of Philip K. Dick, 2000
Philip K. Dick : dernière conversation avant les étoiles
Editions De l’Eclat, 2005

Extraits

Et ils analysent l’espèce humaine en ces termes : ces gens y voient, c’est une espèce voyante, mais leurs capacités visuelles sont très réduites. Car eux, c’est leur seul sens, en fait, puisqu’ils n’ont pas la capacité d’entendre ; alors leurs aptitudes visuelles sont immenses. Ils perçoivent des variations dans les couleurs qui nous échappent complètement. Ils voient des milliers de couleurs là où nous n’en percevons que dix. Pour eux, ce que nous, nous appelons « rouge » représenterait des centaines de nuances différentes. C’est comme les Esquimaux, qui ont euh… quinze ou vingt mots pour dire « la neige » chacun décrivant un état légèrement différent de la neige, tu vois.

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Imagine par exemple que tu es une de ces créatures, sur cette planète qui emploie un langage à base de couleurs, ne connaît ni les mots ni les sons, ignore totalement l’existence du son ; cette créature fait une expérience mystique et entend tout à coup de la musique. Que va-t-elle dire à son entourage ?

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Oui, oui, j’ai un titre. Ça s’appelle The Owl in Daylight. C’est une expression populaire employée dans le Sud qui signifie qu’on a pas les idées claires. Parce que les hiboux, c’est aveugle en plein jour. Ça ne voit rien du tout. Ça perd le sens de l’orientation, ça vole droit dans les obstacles et ça se fait tuer ; ça veut juste faire allusion à quelqu’un qui n’a pas les idées claires. J’ai entendu ça dans la bouche d’un personnage de série télé et ça m’a fait une grande impression. Et ce que je voulais, c’était parler d’un type qui pousse ses facultés mentales au maximum. Conscient qu’il a atteint ses limites, il prend la décision délibérée d’aller encore plus loin et d’en payer les conséquences. Là-dessus, je me suis rendu compte que c’était une simple reformulation de tout le mythe faustien – car c’est de ça qu’il s’agit, en fin de compte, dans ce mythe : la poursuite de ce qui, pour un être créatif, représente une forme de vision artistique, les conséquences passent au second plan.

Et je commence à me rendre compte, en ce qui me concerne personnellement, que… même si, à mon avis, le niveau de ce que j’écris augmente en permanence, ma… ma résistance physique est très loin de ce qu’elle a pu être par le passé. Par ailleurs, je mène tellement plus de recherches que quand je me lance dans un livre, ça m’use énormément…


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Sunday, November 27, 2005

MANQUE-DE-POT

Philip K. Dick

Edition originale: The Galatic pot-healer, 1969
Editions Champs-libre, Chute Libre
, 1977

Extraits

« Joe se retourna pour se ruer vers la porte du poste de police. Vers la foule, compacte et anonyme. Pour s’y enterrer, ou cesser de s’individualiser. »

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« - J’ai manqué vos propos philosophiques.
- Je disais, répéta Joe, qu’un même phénomène peut être cerné différemment selon le mode de perception de l’être. Vous me connaissez, continua-t-il avec emphase, grâce à vos propres facultés d’analyse. Pour un autre système de perception, je peux apparaître tout à fait différent. Par exemple pour la police ! Autant de créatures pensantes, autant de systèmes d’analyse. »

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« Une nouvelle clinique de New-Jersey, spécialisée dans les soins aux personnes âgées, vient d’aménager une installation pour libérer les chambres rapidement et sans manipulation.
Quand un pensionnaire décède, les détecteurs électroniques placés dans le mur de la chambre enregistrent l’absence de battements de cœur et mettent instantanément leurs circuits en action. Le cadavre est saisi par des pinces automatiques, amené à l’intérieur du mur de la chambre et les restes sont incinérés sur place dans un four crématoire. Ce nouveau procédé permettra au pensionnaire en attente – toujours un vieillard – d’occuper la chambre pour midi.»

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« Comme c’est étrange, pensait Joe : un arachnéide chiniteux discute du Faust de Goethe avec un grand bivalve pseudopode. Et c’est un livre que je n’ai jamais lu, qui a été écrit par un être humain originaire de ma planète.
- La plus grande difficulté, continuait la pseudo-araignée, réside dans la traduction. L’ouvrage est écrit dans une langue morte.
- En allemand ! fit Joe qui savait au moins cela.
- J’ai fait ma propre traduction en langage terrien contemporain, appelé autrefois « Anglais ». Je vais vous lire la scène principale du second acte où Faust reste en contemplation devant l’œuvre dont il est satisfait. »

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« L’amour du prochain, je crois savoir ce que tu veux dire. Une fois il m’est arrivé une chose étrange sur Terre. Un évènement sans grande importance. De mon placard, je sortais une tasse que j’utilisais très rarement. Au fond il y avait une araignée morte de faim. Elle avait dû tomber au fond de la tasse sans pouvoir en ressortir. Mais voilà l’important : elle y avait tisser une toile, de son mieux. Quand je l’ai découverte là, morte au fond de la tasse avec sa toile rabougrie et inutile, j’ai pensé qu’elle n’avait pas eu de chance. Aucune mouche de pouvait venir se perdre là même en attendant très longtemps. Elle s’est appliquée jusqu’à sa mort à parfaire un ouvrage qui ne pouvait être que vain. Je me suis toujours demandé si l’araignée savait qu’il était inutile d’espérer et si elle a tissé sa toile en sachant qu’elle ne servirait à rien. »

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« Une citation vint à l’esprit de Joe : ‘Je dois partir, il est une tombe où les jonquilles et les lys ondulent au gré du vent.’
Le robot continua :
- « Et j’aime les petits animaux enterrés dans le sol endormi. » C’est un de mes poèmes préférés. Yeats, je crois. Pensez-vous, Monsieur, que vous descendez dans une tombe ? Que vous allez à la rencontre de la mort ? Que plonger c’est mourir ? Répondez-moi en moins de vingt-cinq mots. »

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« - Comment êtes-vous mort ? demanda-t-elle au cadavre.
La mâchoire nue se contorsionnait dans l’eau pour articuler un son, une réponse :
- Glimmung nous a tué.
- Nous ? Combien ? Tous ?
- Nous… (Il tendit vers Joe un bras décomposé.). Nous deux.
Et il se tut. Le squelette dérivait lentement.
- J’ai fabriqué une boîte pour me protéger, avec une porte pour empêcher les poissons dangereux de pénétrer.
- Tu essayes de protéger ta vie ? questionna Joe, mais elle est terminée.
Les événements le dépassaient, il n’y comprenait plus rien. Tout était bizarre. La pensée d’un corps en décomposition – son propre cadavre – vivant une pseudo-existence avec le souci de se protéger…
- Un mort qui prend soin de sa personne ! »

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« -Vous savez ce que je pense de votre problème ? dit le gastéropode. Je crois que vous devriez créer un vase de toute pièce, plutôt que de réparer les vieux.
- Mais, dit Joe, mon père était réparateur de porcelaine avant moi.
- Voyez plutôt le succès de Glimmung. Faites comme lui. Dans son Entreprise, il a combattu et détruit le Livre des Kalends, en vainquant par là même la tyrannie du destin. Soyez créatif. Luttez contre la fatalité. Essayez.
- Essayer, dit Joe.

..

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Il plongea sa main protégée par un gant d’amiante dans le four et sortit le grand pot bleu et blanc. Son premier pot. Il l’amena jusqu’à une table, en pleine lumière, et le posa. Il estima d’un œil professionnel sa valeur artistique. Il jugeait son œuvre et, avec elle, tout ce qu’il ferait à l’avenir, et tous les pots qui sortiraient de ses mains par la suite. En un certain sens, il voyait dans ce vase la raison pour laquelle il avait quitté le Glimmung et les autres. Et Mali. Surtout Mali. Mali qu’il aimait.
Le pot était horrible. »


READ DURING WEEK 47/05

Monday, November 14, 2005

TOTAL-RECALL

Philip K. Dick

Collection 10/18, "Domaine etranger", 1991

Extraits

« Le docteur DeWinter était, lui aussi, plongé dans ses pensées. Il admirait l'habileté des techniciens de la troisième planète qui avaient construit le simulacre que Milt était en train de caresser. C'était une réussite matérielle impressionnante, même pour lui. Cet objet dans lequel le Terrien voyait une créature vivante et familière serait un point focal auquel il s'ancrerait pour conserver son équilibre mental. » Precious Artifact

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« Il avait tout de suite aperçu le reflet du dispositif anticancer installé dans la gorge: comme la plupart des non-Terriens cet homme souffrait d'une phobie du cancer. Il avait dû vivre sur une planète colonisée, respirant l'air pur et l'atmosphère artificielle produits par des équipements automatiques. Cette phobie était donc facilement explicable. » The Retreat Syndrome

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« En marmottant, Tchien se mit debout pour exécuter la courbette de rigueur. Chaque poste de TV était équipé d'un dispositif relié à la Secpol, la Police de Sécurité, qui vérifiait que son propriétaire faisait bien ses courbettes et, naturellement, regardait. » Faith of Our Fathers

« Rationellement, il n'y a aucune explication possible. C'est l'hallucination qui devrait varier avec le sujet et la réalité qui devrait être constante... c'est tout à l'envers. Nous n'avons même pas pu élaborer une théorie cohérente - et Dieu sait si nous avons essayé. Douze hallucinations différentes, cela se comprendrait aisément. Mais une seule hallucination et douze réalités... » Faith of Our Fathers

« A la télévision... commença-t-il à dire.
- Ainsi personne ne songe à le nier, se dit Tchien. Ce que nous voyons tous les soirs n'est pas la réalité. La question est de savoir à quel point cette réalité est déformée: Partiellement ? Ou... totalement ?»
Faith of Our Fathers

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« - Programmé. Quelque part en moi une matrice est en place, une grille-écran qui me coupe de certaines pensées, de certians actes. Et qui me force à d'autres. Je ne suis pas libre. Je ne l'ai jamais été, mais maintenant je le sais; ce qui change tout. » The Electric Ant

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« - Nous ne sommes pas plus morts que quiconque sur cette planète. La différence, en ce qui nous concerne, c'est que la date de notre mort se situe dans le passé alors que pour tout le monde elle se situe dans le futur à une date indéterminée. Bien que pour certaines personnes cette date soit vachement déterminée, comme par exemple les gens qui sont dans les pavillons de cancéreux; ceux-là sont aussi fixés que nous. Par exemple, combien de temps pouvons-nous rester ici avant de repartir en arrière ? Nous, nous avons une marge, une latitude que n'a pas une personne atteinte d'un cancer généralisé. » A Little Something for Us Tempunauts

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« Le grand philosophe arabe médiéval, Avicenne, écrivait que Dieu ne voit pas le temps comme nous; c'est-à-dire qu'il n'existe pas pour lui de passé, de présent ou de futur. Supposons maintenant qu'Avicenne a raison, imaginons une situation dans laquelle Dieu, de son point de surplomb, décide d'intervenir dans notre monde spatio-temporel; c'est-à-dire sort de son royaume en dehors du temps pour faire une percée dans l'histoire humaine. Si pour lui il n'existe qu'une réalité omniprésente, il peut donc pénétrer aussi bien ce qui pour nous est le passéque ce qui nous apparaît être le présent ou le futur. C'est exactement similaire à la position d'un joueur d'échecs qui observe l'échiquier; il peut bouger n'importe laquelle des pièces qu'il désire. Si l'on suit le raisonnement d'Avicenne, on peut dire que Dieu, dans son désir de déclencher la Parousie, n'a pas besoin de limiter cet événement à notre présent ou à notre futur; il peut changer le passé de notre histoire; il peut faire en sorte que tout soit déjà arrivé. Et ce serait vrai de n'importe quel changement qu'il désirerait faire, les grands comme les petits » If You Find This World Bad, You Should See Some of the Others

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« - Nous devons partir du postulat qu'il existe une universalité pour la vie humaine, comme il en existe une dans les sciences physiques. Mais personne ne peut l'extrapoler à partir de sa propre expérience personne ne peut assurer que la façon dont fonctionne son esprit est la façon dont fonctionne l'esprit des autres. » Rencontre avec P. K. Dick - 1972

« - Maintenant, disons que tous les romans de science-fiction contiennent en eux un monde imaginaire. Ce monde imaginaire, arbitraire, aura une forme de relation avec la réalité dans la mesure où il s'est développé à partir de la réalité, de l'observation de la réalité, de certaines tendances de la réalité. Il contiendra des éléments qui sont observés sous une autre forme dans la réalité... Et quand quelqu'un lira le livre et saisira l'image de ce monde, cela lui donnera une vision plus pénétrante de son propre monde, de lui-même, et de la relation entre les deux. D'une certaine façon, cela ajoutera quelque chose à sa capacité d'affronter la réalité, non pas en offrant des réponses toutes faites mais en augmentant ses possibilités de compréhension, ne serait-ce qu'en lui donnant une fléxibilité d'esprit qui lui permettra de faire changer les choses. » Rencontre avec P. K. Dick - 1972

READ DURING WEEK 44/05

Wednesday, October 26, 2005

L'HOMME-DONT-TOUTES-LES-DENTS..........

Philip K. Dick
L'homme dont toutes les dents étaient exactement semblables

Edition originale: The Man Whose Teeth Were All Exactly Alike, 1984
Editions Joëlle Losfeld, 2000

Extraits

« - Ça t’énerve, hein ? Ne te laisse pas démoraliser par ce qu’elle t’a dit. C’est une artiste peintre frustrée. Tu connais le genre. Les femmes au foyer qui n’ont rien à faire de la journée – elles finissent par s’ennuyer. (Puis, brusquement, il eut honte de dire du mal de sa femme.) Elle a un sacré talent quand même, murmura-t-il. J’aimerais que tu vois certaines de ses toiles. Elle a fait une exposition, une fois, dans une boîte de nuit de Sausalito. (Elle aurait vraiment pu faire carrière, pensa-t-il.) Mais elle a décidé de se marier, ajouta-t-il. Plutôt que de continuer à peindre. Comme beaucoup de femmes. »

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« Se redressant, Janet déclara :
- Phyllis Wilby ne lit rien d’autre que des journaux à scandales dan les salons de beauté. De nos jours, plus personne de lit de bons livres, sauf moi.
Pendant un moment, elle lui fit face d’un air de défi. Puis, peu à peu, elle se remit à débarrasser la table.
Lamentable, pensa Runcible. Pour elle, les inepties pornographiques que lui envoie son club, ce sont de « bons livres ». C’est vraiment le comble de la déchéance, de se vautrer au lit pour manger un artichaut en lisant des histoires de vieillards lubriques qui sautent des petites filles. Et c’est grâce à des femmes comme elles que ces clubs de livres font fortune. En leur donnant le moyen de prendre leur pied par procuration, grâce à la lecture. »

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« Ce n’est pas parce qu’on est ému par la nature, pensa-t-elle, qu’on est forcément un artiste. Cela prouve seulement qu’on est sentimental. »

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« Janet Runcible ne se sentait jamais aussi bien que lorsqu’elle prenait une cuite.
Car c’était le moment où elle savait ce que les gens allaient dire.
Il suffisait qu’ils ouvrent la bouche. Aussitôt, elle devinait la suite. Et cela l’enchantait. Elle captait leurs pensées en un éclair !
Et il ne s’agissait pas seulement de réflexions simplistes. Elle saisissait également les discussions les plus intellectuelles. Si, au cours d’une soirée, la conversation portait sur David Riesman, l’Allemagne de l’Ouest, ou la science, elle pouvait y prendre part ; elle lançait à son tour quelques embryons d’idées dans le débat, sans même avoir besoin, parfois, de les développer. Et les autres invités, à leur tour, comprenaient aussitôt ce qu’elle voulait dire. »

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« Ça coûte cher de dresser les gens contre vous, constata Runcible. Et pourtant, c’est le prix à payer pour avoir le droit de dire ce qu’on pense. »

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« Dans ma classe, les garçons achètent des boîtes de construction – des modèles réduits de bateaux ou d’avions – mais elles ne contiennent rien d’autre que des pièces préfabriquées. Il suffit de les assembler et de les coller ensemble. Autrefois, dans une boîte de construction, il n’y avait que du balsa et du papier japon – tout le travail restait à faire : découper les pièces, les façonner. On construisait réellement un modèle réduit à partir de quelques planchettes, de baguettes de bois. Aujourd’hui, le modèle est fait d’avance ; il ne reste qu’à l’assembler. »

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« Mais si j’avais reçu la même éducation que Sherry, pensa Janet, et si j’avais eu autant d’argent qu’elle… Cet argent que sa famille lui avait consacré, comme une sorte d’investissement.
Sherry est le produit d’une société riche, se dit Janet Runcible. Cette femme-là ne s’est pas faites elle-même ; elle n’est pas responsable de ce qu’elle est. Personne n’est responsable de ce qu’il est, d’ailleurs. Tout être humain n’est que le produit de la société dont il est issu. »

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« On peut arriver ici, pensa-t-il en enfilant une chemise propre, dans la peau d’un homme civilisé, cultivé, rompu aux bonnes manières, et bientôt, on se retrouve comme tout le monde assis sur un siège percé pour chier dans un tuyau, et on marche dans la bouse. Si on s’écorche la main sur un clou rouillé, on meurt, comme un vieux mouton, du tétanos ; on se tord de convulsions en galopant autour du champ. Dans cette région (il improvisait une sinistre parodie de son discours habituel aux futurs clients), on ne meurt pas d’artériosclérose ou de cancer de la gorge ; on se fait écraser par une moissonneuse, déchiqueter par une batteuse, on attrape des parasites pulmonaires. Ou encore – et c’était une crainte dont il n’arrivait pas à se débarrasser – votre chaudière à gaz expose, et vous projette en lambeaux sanguinolents aux quatre coins du pré dans lequel vous avez investi toutes vos économies. »

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« Dans un coin de sa mémoire, Runcible nota ce problème ; découvrir le prix de revient au mètre que Flores fait payer à Dombrosio.
Même moi, se dit-il, j’ai envie de savoir. Quand on vie petitement, on pense petitement.
Je me demande quel genre d’événement déclencherait chez eux des réflexions grandioses. En fait, je me demande à quoi ça ressemblerait, par ici ,des pensées élevées. »

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« - Je vais vous dire à quoi les Néanderthaliens ressemblaient vraiment, repris Freitas. Ce n’étaient pas des ogres qui inspiraient la terreur, mais plutôt des espèces de nabots timides… Dans mon esprit, le les compare à ces ouvriers d’usine, honteusement exploités, du dix-neuvième siècle anglais. Ou à des serfs du Moyen-Age. Incroyablement bornés, repoussés de toute part, mis à l’écart. Peut-être les laissait-on porter du bois. Construire un feu, dépecer les animaux, mâcher la peau des bêtes. Vous savez, c’est une idée qui m’est venue : si nos ancêtres avaient le temps de peindre de superbes taureaux sur les murs de leurs cavernes, c’est peut-être parce qu’ils avaient des esclaves. Comme celui-ci. (Freitas tapota le crâne.) Une race inférieure pour exécuter ces tâches ingrates à leur place, pour les libérer. »

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« - Cette université, c’est une énorme machine, poursuivit Runcible. Savez-vous ce qu’elle produit ? Pas du savoir. Pas des érudits. Des techniciens, qui espèrent bien toucher un gros salaire dans une grande compagnie, comme Westinghouse ou General Dynamics. Croyez-vous que ça les intéresse une seconde de savoir si une bande de bossus débiles se baladait en Amérique du Nord il y a cent millions d’années ? Est-ce que ça va changer quoi que ce soit à l’économie du pays ? C’est ça qui va nous fournir un combustible bon marché pour les paquebots, ou une nouvelles tête nucléaire pour un missile destiné à tomber sur la Russie soviétique ?
Wharton ne répondit pas.
- En revanche, reprit Runcible, si je leur avais envoyé une boîte de je ne sais quelle algue déshydratée, en leur demandant si elle était riche en protéines, et si on pouvait la faire pousser dans la baignoire de Monsieur Tout-Le-Monde, on aurait peut-être eu la politesse de me répondre convenablement, et de faire des recherches approfondies sur ma découverte. »

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« - Drôle de façon de passer les fêtes de Pâques.
- Comment ?
- Vous ne connaissez pas les dernières histoires drôles ?
Se levant, Runcible prit la pose du Christ sur la croix, les bras écartés, la tête penchée sur le côté.
- Drôle de façon de passer les fêtes de Pâques, répéta-t-il. Je vais vous en raconter une autre. (Se rasseyant, il enchaîna :) ça ne vous dérange pas de croiser les jambes ? On n’a que trois clous. »

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« Je vois, pensa t-il. Je vois comment fonctionne son raisonnement. Comment elle en tire profit. C’est extraordinaire. On peut faire tout ce qu’on veut avec les gens, avec les faits et les événements ; on peut les modifier, les remodeler, de la même façon que le plastique frais que j’utilise à l’atelier. On leur impose une forme, par des moyens très énergiques. »

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« Il entra dans la salle de bains, posa on verre sur le bord du lavabo, puis il se soulagea. C’est étrange, se dit-il, que plusieurs fois par jour, un homme soit obligé de déboutonner son pantalon, pour libérer un jet de liquide chargé de déchets organiques qui s’est accumulé en lui. Il faut le voir pour le croire. Après avoir refermé sa braguette, il se lava les mains, puis, toujours muni de son verre, quitta la pièce.
Peut-être l’homme ne représente-t-il rien de plus pour Dieu, pensa-t-il, que ce que représente pour moi ce liquide… ça n’a pas d’importance. »


READ DURING WEEK42/05

Sunday, October 16, 2005

DEDALUSMAN

Philip K. Dick

Edition originale: Zap Gun, 1965
Librairie des Champs-Elysées, Le Masque
, 1974

Extraits

« Aide-consomm : Aide-consommateur, personne requise par le conseil de la Secnat de l’ONU-O comme représentant typiquement les besoins et les aspirations du purzouve-consommateur. »

« Purzouve : Il s’agit de tous les humains qui, n’étant pas cadres, sont destinés à être et à rester des « purs-ouvriers » (La pureté dont il s’agit, celle de l’esprit, étant entretenue par l’ignorance dans laquelle on les maintient). »

« Cadre : A l’Est comme à l’Ouest, ceux qui dirigent et qui sont d’accord pour dissimuler aux purzouves une vérité qu’ils ne doivent pas connaître, pour leur bien. »

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« J’en suis malade. Je fais partie d’un monde de tromperies. Si je n’avais pas ce talent de médium, j’aurais été l’un de ces purzouves, et je ne saurais pas ce que je sais. Je ne serais pas le type qui distribue les cartes dont il voit le dessous. Je serais l’un de ces « fans » du « joyeux représentant de commerce » et de son spectacle quotidien d’interviews matinaux, un type qui accepte ce qu’on lui dit et qui croit que c’est vrai parce qu’il l’a vu sur le grand écran avec toutes ces couleurs stéréo plus riches que celles de la vie. Tout va bien quand je suis plongé dans une de ces saloperies de transes ; là, je ne pense plus à rien. Alors, il n’y a plus rien tapi dans un coin de mon esprit, qui rigole, qui rigole, se marre… »

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« - Il y a quelque chose qui ne va pas. Oui, quelque chose avec ce livre de bandes dessinées. Qu’est-ce que c’est ?

- Dans l’épisode final, l’Homme-Pieuvre de je ne sais quoi est emprisonné sur un astéroïde. Il a besoin d’une source d’énergie. Il construit alors une machine à vapeur. Cette machine lui servira à réactiver l’émetteur de son spacionef à demi-démoli par les….
- …Par les Fleurs-Carnivores pseudonomiques de Ganymède.
- Alors, c’est du dessinateur de ce magazine que nous avons tiré nos propres dessins, fit Lars… Ce n’est pas étonnant…
- Non, ce n’est pas étonnant que vous ne puissiez produire l’arme dont nous avons besoin, quand il nous la faut absolument. Comment une arme véritable pourrait-elle provenir d’une source pareille ? »

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« Avec cet émanateur, l’Homme-Pieuvre bleu menaçait la créature atroce et hostile qui essayait d’enlever Mlle Whitecotton (Coton-Blanc pour les Français) l’amie au tient noir et aux mamelles bien formées de l’Homme-Pieuvre bleu. La créature avait réussi à déchirer la blouse de Mlle Whitecotton, découvrant ainsi un sein –un seul, comme le spécifiait la loi internationale, qui réglementait sévèrement le matériel de lecture des enfants. Ce sein, exposé à la lueur vacillante du ciel d’Io, battait chaudement et commença à bouger vraiment quand Peter actionna le petit levier qui commandait le mouvement de la page. Le téton se dilata, semblable à une petite ampoule phosphorescente qui s’agitait dans les trois dimensions, et il aurait continué indéfiniment à se le trémousser jusqu’à usure totale de la pile garantie pour fonctionner cinq ans, si Pete n’y avait mis fin. »

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« Désormais, personne n’arriverait à le convaincre que l’être humain n’était qu’un animal debout sur ses deux pattes de derrière, porteur d’un mouchoir de poche et capable de distinguer le jeudi du vendredi. Même la définition d’Orville, tirée de Shakespeare, paraissait vidée de son contenu cynique et insultant. Quel sentiment étrange, pensa-t-il, non seulement d’aimer une femme, mais de l’admirer. »

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« Tu n’es responsable de rien. Ce que je n’arrive pas à concevoir, c’est ce que devient le passé quand il s’éloigne de nous. »

READ DURING WEEK 41/05

Sunday, September 25, 2005

TRANSMIGRATION-DE-TIMOTHY-ARCHER

Philip K. Dick

Edition originale: The transmigration of Timothy Archer, 1982
Denoel, Pr
ésence du futur, 1983

Extraits

« J’ai lu bien des explications à propos de la mort de mon mari ; selon l’une des plus bizarres et des plus embarrassantes d’entre elles, il s’était tué, lui, Jeff Archer, fils de l’évêque Timothy Archer, parce qu’il avait peur d’être homosexuel. Un certain livre écrit des années après sa mort – après leur mort à tous trois – déformait à tel point les faits qu’après avoir fini de le lire (j’ai oublié le titre aussi bien que le nom de l’auteur) on en savait moins sur Jeff, l’évêque Archer et Kirsten Lundborg qu’avant de le commencer. C’est comme la théorie de l’information ; le bruit chasse le signal. Mais comme le bruit se fait passer pour un signal, on ne l’identifie pas en tant que bruit. Les services d’espionnage appellent ça la désinformation, une technique très utilisée par le bloc soviétique. Si vous pouvez mettre en circulation une assez grande quantité de désinformation, vous abolirez entièrement le contact de tout individu – y compris vous – avec le réel.

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« Tu crois que c’est grave ? Questionna Kristen. Que Jésus soit un imposteur ?

- Pas pour moi.

- Et ils n’ont pas divulgué le plus important. L’histoire du champignon. Ils vont la garder secrète aussi longtemps qu’ils pourront. Mais ça finira…

- quel champignon ?

- L’anokhi. »

Je dis avec incrédulité : « l’anokhi est un champignon ?

- C’est un champignon. Enfin c’en était un à l’époque. Les zadokites le cultivaient dans des cavernes.

- Ca alors, lançai-je.

- Et ils en faisaient une sorte de pain et du bouillon. Ils mangeaient le pain et buvaient le bouillon. C’est l’origine de la communion sous les deux espèces, le corps et le sang. Apparemment l’anokhi était un champignon vénéneux, mais les zadokites avaient trouvé un moyen de l’antidoter, enfin jusqu'à un certain point, assez pour qu’il ne les tue pas. Il leur donnait simplement des hallucinations. »

- J’éclatai de rire. « En somme ils étaient des…

- Et bien oui, c’est ça. » Malgré elle, Kirsten se mit aussi a rire. « Et il faut que Tim distribue la communion tous les dimanches en sachant ça, en sachant que ces braves gens s’offraient des trips psychédéliques, comme nos momes aujourd’hui. Quand il a appris ça, j’ai bien cru qu’il n’allait pas s’en relever.

- Alors, Jésus était en fait un trafiquant de drogue », dis-je.

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« Quelquefois, je suppose, une idée fixe pénètre dans l’esprit sous la forme d’un vrai problème, ou d’un problème imaginaire. Ce n’est pas si rare. Vous vous apprêtez à vous coucher, tard le soir, et brusquement l’idée vous vient que vous avez oublié d’éteindre les phares de votre voiture. Vous regardez par la fenêtre votre voiture – qui est garée, bien visible, devant votre maison – et vous constatez que les phares ne sont pas allumés. Mais vous pensez alors : je les ai peut-être laissés allumés et ils le sont restés si longtemps qu’ils ont déchargés la batterie. Alors, pour m’en assurer, il faut que je sorte pour vérifier. Vous enfilez votre robe de chambre et allez dehors, vous ouvrez la porte de la voiture et vous actionnez la manette d’éclairage. Les feux s’allument. Vous les éteignez, quittez la voiture, refermez la porte et regagnez la maison. Ce qui s’est passé, c’est que vous êtes devenu fou ; vous êtes devenu psychotique. Parce que vous n’avez pas tenu compte du témoignage de vos sens ; vous aviez pu voir par la fenêtre que les feux n’étaient pas allumés, mais vous avez voulu quand même sortir pour vérifier. C’est là le facteur primordial : vous avez vu mais vous n’avez pas cru. Ou, réciproquement, vous n’avez pas vu quelque chose mais vous y avez quand même cru. Théoriquement, vous pourriez voyager à tout jamais entre votre chambre à coucher et votre voiture, prisonnier d’un circuit fermé éternel ou périodiquement vous ouvririez la voiture, essaieriez les feux, retourneriez à la maison – à cet égard vous êtes une machine. Vous n’êtes plus humain. »

READ DURING WEEK 38/05