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Wednesday, April 18, 2007

LES-SIRENES-DE-TITAN

Kurt Vonnegut
Les sirènes de Titan

Denoël, Présence du futur, 1962
The sirens of Titan, 1959
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Quel animal optimiste l’homme est-il donc ! dit Rumford. Imaginer que l’on durera encore dix millions d’années… comme si les gens étaient aussi bien conçus que les tortues !

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Aucun des meubles n’avait de pieds et cela donnait un aspect spectral au mobilier. Tout était suspendu magnétiquement à hauteur convenable. Les tables, le bureau, le bar et les divans étaient des plaques flottantes. Les chaises, des bols immobilisés dans l’espace.

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Ransom K. Fern quitta la fenêtre. Son visage montrait un mélange troublant d’âge et de jeunesse. Les stades intermédiaires ne s’y étaient pas inscrits. On n’y trouvait pas trace de l’homme de trente, quarante ou cinquante ans qu’il avait laissé en arrière. On aurait cru un garçon de dix-sept ans blanchi soudain par un souffle desséchant.

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Histoire : 26 – Tout le monde, sur Mars, vient de la Terre. On croyait que ce serait beaucoup mieux sur Mars. Personne ne se souvient de ce qui était mal sur Terre.

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Il n’y a pas de raison pour que le bien ne triomphe pas aussi souvent que le mal. Tout triomphe est une question d’organisation. S’il existe des anges, j’espère qu’ils ont mis au point les méthodes de la Mafia.

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Les martiens embarqués ne pouvaient faire que deux choses : presser deux boutons du tableau de bord, l’un marqué ouvert, l’autre fermé. Le bouton ouvert déclenchait l’envol et le bouton fermé ne servait à rien. Mais les experts de la Santé mentale avaient insisté pour qu’on procédât à son installation. Les êtres humains, avaient-ils dit, étant toujours beaucoup plus satisfaits d’une mécanique qu’ils se figurent pouvoir arrêter.

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Comme il le dit dans son Histoire de poche de Mars : « Celui qui veut changer le monde de façon significative doit avoir le sens de l’organisation, un empressement génial à verser le sang d’autrui et une nouvelle religion à introduire au cours de la brève période de repentir et d’horreur qui suit inévitablement toute effusion de sang. »

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« Cette nouvelle religion s’appelle l’Eglise de Dieu le Suprême Indifférent. La bannière de cette église sera bleue et or. Et il y sera inscrit, en lettres d’or sur fond bleu : Prends soin du Peuple et Dieu tout Puissant prendra soin de Lui-Même. »

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Salo était dépourvu de bras. Par contre, il avait trois yeux qui pouvaient percevoir le spectre dit visible, mais également l’infra-rouge, l’ultra-violet et les rayons X. Salo était ponctuel, c’est-à-dire qu’il vivait le moment de l’instant et il aimait répéter à Rumford qu’il préférerait voir les merveilleuses couleurs des extrémités du spectre que le passé ou le futur.

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Une année de Tralfamadore, d’après ses calculs, correspondait à 36 162 fois la durée d’une année terrestre. La cérémonie à laquelle il avait participé avait donc été donnée en l’honneur d’un gouvernement vieux de 361 620 000 années terrestres. Salo décrit cette forme durable de gouvernement comme étant de l’anarchie hypnotique, mais il a refusé à expliquer son fonctionnement.




READ DURING WEEK 11&12/07

Thursday, July 13, 2006

LE-BERCEAU-DU-CHAT

Kurt Vonnegut Jr

Edition originale, Cat’s Cradle, 1963
Le berceau du chat, Editions du Seuil, 1972


Extractions

Laisse le foma* diriger ta vie. Il te fait brave et agréable, il te rend bien portant et heureux ». *Foma : ensemble de mensonges sans danger
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Dans un album de coupures de presse que ma sœur Angela tenait à jour, on voyait un extrait du magazine Time dans lequel quelqu’un demandait à papa à quoi il jouait pour se détendre. « Pourquoi m’encombrerais-je de jeux préfabriqués, répondait mon père, quand il y en a tant de réels autour de moi ? »

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Franck avait raison. Papa a passé la tête à la fenêtre et nous a regardés. Angela et moi en train de nous rouler par terre en braillant sous le regard de Franck hilare. Le pater a rentré la tête et n’a jamais demandé par la suite les raisons de ce tapage. Il n’était pas spécialiste des êtres humains.

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Que le monde souffrait, reprit-elle en hésitant, de ce que les hommes étaient encore superstitieux au lieu d’être scientifiques. Il a dit que si chacun se consacrait plus à l’étude de la science, le monde se porterait mieux.

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Avant ça, c’était le Salon Pompéi, avec des moulages en plâtre partout. Ils peuvent bien changer le nom du bar, ils n’ont jamais changé cette connerie d’éclairage. Ni les cons qui le fréquentent, ni cette connerie de ville.

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Elle se détourna pour examiner le Dr. Breed, d’un regard de reproche impuissant. Elle haïssait ceux qui pensaient trop. A ce moment là, elle me donna très nettement l’impression d’être assez représentative de presque toute l’humanité.

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Il me dit s’appelait Marvin Breed.
« Le monde est petit, dis-je ».
- Quand on le fourre dans un cimetière, oui. » Marvin était gras et vulgaire, malin et sentimental.

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Je sais bien qu’il était réputé inoffensif, doux et rêveur, qu’il n’aurait pas fait de mal à une mouche, qu’il se moquait de l’argent, de la puissance, des beaux vêtements, des automobiles et de tout le reste, bref, qu’il n’était pas comme nous, qu’il était meilleur que nous tous, et si innocent qu’il aurait pu être Jésus – le truc du Fils de Dieu mis à part…

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Selon Bokonon, un wrang-wrang est une personne qui fait dévier le cours des spéculations d’une autre personne en réduisant ce cours, par l’exemple de sa propre vie, à une absurdité.

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H. Lowe Crosby était d’avis que les dictatures sont parfois d’excellentes choses. Il n’était ni méchant ni sot. Il trouvait commode d’affronter le monde avec des manières de comique amateur ; cependant, une grande partie de ce qu’il avait à dire au sujet du manque de discipline de l’humanité n’était pas seulement drôle, mais vrai.
Là où sa raison et son sens de l’humour l’abandonnaient soudain, c’est lorsqu’il abordait la question de savoir ce que les hommes étaient véritablement censés faire de leur temps sur terre.

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Il croyait fermement que leur raison d’être ici-bas était de construire des bicyclettes pour lui.

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Bokonon tenait pour vrai que l’on peut bâtir de bonnes sociétés rien qu’en opposant le bien et le mal et en gardant à tout moment une tension très élevée entre les deux.

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Oh oui, de biens pauvres hères
J’ai trouvé là-bas.
De musique ils n’avaient guère
Pas plus que de bière.
Et ils erraient tous falémiques
Parce que la vie n’est pas douce
Dans un pays dont chaque pouce
De terrain
Appartient
A castle Sugar, Inc. Et à l’église catholique.
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Crosby avait trop bu. Il avait atteint ce stade où les ivrognes s’imaginent pouvoir parler en toute franchise à condition de le faire affectueusement.

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Mais ce qui m’intéressait, c’étaient les quelques-uns des mots choisis par Bokonon en 1929 pour remplir les « espaces réservés à cet effet ». Chaque fois qu’il en avait eu la possibilité, il avait adopté le point de vue de Sirius, prenant par exemple en considération des éléments cosmiques tels que la brièveté de la vie et la longueur de l’éternité.
A la question « Profession », il avait répondu : « Etre vivant. »
A « Principale occupation », il avait répondu : « Etre mort. »

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Elle improvisa sur la musique créée par le fils du garçon pullman, passant d’un lyrisme fluide à des raucités lascives, aux stridences capricieuses d’un enfant apeuré, à un cauchemar de grand drogué.

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- J’ai aussi eu un Yacht autrefois, savez-vous ?
- Je ne vous suis pas.
- C’est une raison pour être plus gai que la majorité des gens, d’avoir un yacht.

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Cet édifice soulevait la même question que tous les entassements de pierre analogues : comment des hommes chétifs et souffreteux avaient-ils pu déplacer des pierres aussi grosses ? Et comme tous les entassements de pierre, celui-ci répondait de lui-même à la question. Seule une terreur aveugle avait pu déplacer d’aussi grosses pierres.

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Ainsi que nous l’enseigne Bokonon, « On ne se trompe jamais en disant au revoir ».

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- Les habitants de San Lorenzo, me dit le père, ne s’intéressent qu’à trois choses : la pêche, la fornication et le bokonisme.
- Vous ne croyez pas qu’on pourrait les intéresser au progrès ?
- Ils en ont vu certains aspects. Mais il n’y en a qu’un qui les emballe vraiment.
- Qu’est-ce que c’est ?
- La guitare électrique.


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Et je me rappelai le Quatorzième Livre de Bokonon, que j’avais lu intégralement la veille. Le Quatorzième Livre est intitulé « Existe-t-il, pour un Homme Réfléchi, une Seule Raison d’Espérer en l’Humanité sur Terre, Compte Tenu de l’Expérience du Dernier Million d’Années ? »
Le Quatorzième Livre n’est pas long à lire. Il consiste en un seul mot : « Non. »

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Quand nous commémorons les guerres, nous devrions peut-être arracher nos vêtements, nous peindre en bleu et marcher à quatre pattes toute la journée en grognant comme des porcs. Ce serait sûrement plus approprié que les grands discours et les étalages de drapeaux et de canons bien huilés.

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Cette jeune fille n’était pas intéressée par la reproduction – elle en détestait l’idée même. Avant même la fin de la mêlée, elle m’avait clairement laissé entendre – et je le croyais aussi – que c’était moi l’inventeur de cette entreprise singulière par laquelle, à grand renfort de grognements et de transpiration, on procède à la création de nouveaux être humains.

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Je m’éloignais de Franck, ainsi que les Livres de Bokonon me le conseillaient. « Méfiez-vous de celui qui travaille dur pour apprendre quelque chose et qui, l’ayant appris, ne se trouve pas plus sage qu’auparavant, nous dit Bokonon. Celui-là nourrit un ressentiment meurtrier contre ceux qui sont ignorants sans avoir eu à se donner du mal pour atteindre l’ignorance. »


READ DURING WEEK 24/06

Sunday, May 14, 2006

LE-PIANISTE-DECHAINE

Kurt Vonnegut Jr


Edition originale : Player Piano, 1972
Editions Casterman, Le pianiste déchainé, 1975

Extractions

Norbert Wiener, un mathématicien, a déjà dit tout cela dans les années 1940. Cela vous paraît nouveau parce que vous êtes trop jeune pour connaître autre chose que la façon dont les choses se passent aujourd’hui.
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Gueules de bois, querelles familiales, rancœurs contre le patron, dettes, la guerre… On retrouvait probablement d’une manière ou d’une autre, dans les produits, tous les ennuis du genre humain.

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Elle était enthousiaste, ragaillardie par la venue de Finnerty. Ce qui ennuyait Paul, cat il savait parfaitement qu’elle se moquait éperdument de Finnerty. Elle roucoulait, non parce que Finnerty lui plaisait mais parce qu’elle aimait les attitudes rituelles des amitiés, alors qu’elle n’en avait aucune.

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Chez Anita, la mécanique du mariage répondait toujours à propos, jusque dans les plus subtiles conventions. Si son approche était, d’une manière éprouvante, rationnelle et systématique, elle était assez minutieuse pour offrir une contrefaçon crédible de chaleur humaine. Paul pouvait simplement soupçonner que ses sentiments étaient superficiels… et peut-être ce soupçon faisait-il partie de ce qu’il commençait à considérer comme sa propre maladie.

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« Ainsi te voilà », dit Finnerty. Il désigna le smoking étendu sur le lit de Paul. « Je pensais que c’était toi. Je lui ai parlé pendant une demi-heure ».

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« Un psychiatre pourrait faire quelque chose. Il y a un type très bien à Albany. »
Finnerty secoua la tête. « Il me remettrait en plein dedans et je veux rester aussi près que possible du bord, sans passer de l’autre côté. De la périphérie, on peut voir toutes sortes de choses qu’on peut ne peut voir du centre. » Il hocha la tête. « Les grandes choses insoupçonnées, c’est du bord qu’on les voit en premier. »

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« Drôle d’histoire », dit Lasher. « Cet esprit de croisade des administrateurs et des ingénieurs, l’idée que la conception, la fabrication et la distribution sont une sorte de guerre sainte : tout ce folklore a été inventé par les hommes des relations publiques et les publicitaires, payés autrefois par les administrateurs et les ingénieurs, pour rendre populaires les entreprises géantes, ce qu’elles n’étaient certainement pas au commencement. Maintenant, ingénieurs et administrateurs croient de tout leur cœur en ces soi-disant exploits glorieux de leurs pères, alors que ceux-ci ne firent que payer des gens pour les faire apparaître tels. Ce qui était hier bourrage de crâne devient le sermon d’aujourd’hui.

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Paul se sentait merveilleusement bien, accordé à ce bar et, par extension, à l’humanité et la terre entière. Il avait le sentiment d’être intelligent et sur le point de faire une importante découverte.

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Il savait, de tout son cœur, que la condition humaine était un effroyable gâchis, mais un gâchis si logique, mené si intelligemment à terme, qu’il ne voyait pas comment l’histoire aurait pu prendre une direction différente.

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Paul fit un calcul mental compliqué – ses économies, plus ses titres, plus sa maison, plus ses voitures – et se demanda s’il ne possédait pas assez de biens pour démissionner purement et simplement, cesser d’être l’instrument de n’importe quelle croyance ou de n’importe quel caprice de l’histoire qui risqueraient de mettre la pagaille dans l’existence de quelqu’un d’autre. Vivre dans une maison, au bord d’une route…

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Quand les promotions étaient venues, comme aujourd’hui, il y avait toujours eu comme un vestige de rituel fait de surprises et de félicitations, comme si Paul, à l’instar de ses ancêtres, avait réussi grâce à son astuce et sa ténacité, à la volonté de Dieu ou la négligence du diable.

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Comprenant brusquement qu’Anita et lui représentaient davantage qu’une situation dans la vie, il enlaça sa femme endormie et posa sa tête sur le sein de sa future compagne dans la mort.

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« Quoi qu’il en soit, Thoreau était en prison parce qu’il ne voulait pas payer d’impôt pour la guerre du Mexique. Il ne croyait pas en la guerre. Et Emerson est venu le voir en prison. « Henry », a-t-il dit, « pourquoi êtes-vous là ? » et Thoreau a répondu : « Ralph, pourquoi n’êtes-vous pas là ? »

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Paul vit la civilisation comme une grande digue mal construite, avec des milliers d’hommes comme le Dr Pond dans une fille allant jusqu’à l’horizon, chaque homme s’acharnant à colmater la brèche avec un doigt.

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« Deux chambres à coucher, salle de séjour avec un coin salle à manger, salle de bains et cuisine », dit-il. « C’est la maison M17. Chauffage par le sol. Le mobilier a été dessiné après une enquête nationale approfondie sur les goûts et dégoûts en matière d’ameublement. La maison, le mobilier et l’ensemble sont vendus comme un colis. Planning et production simplifiée d’un bout à l’autre. »

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« Maintenant, si vous voulez me suivre dans la cuisine », dit le Dr Dodge, abandonnant Wanga et Edgar, « vous verrez la cuisinière électronique. Elle agit par haute fréquence et qui ce qui doit être cuit, aussi rapidement l’intérieur que l’extérieur. Elle cuit n’importe quoi, c’est une affaire de secondes, et elle est parfaitement contrôlée. Si vous le voulez, elle fait du pain sans croûte. »
« Quel est le problème de la croûte du pain ? » demanda poliment Khashdrahr.

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Paul s’aperçut que Baer était probablement l’être le plus juste, le plus raisonnable et le plus candide qu’il eût jamais rencontré : un être remarquablement semblable à une machine, en ce sens que les seuls problèmes auxquels il s’intéressait étaient ceux qu’on lui soumettait ; ce pour quoi il se mettait au travail sur tous les problèmes avec une énergie et un intérêt identiques, insensibles à la qualité et à l’équilibre.
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« Mais vous savez, aussi terrible qu’était ce gâchis - pas seulement Wheeler, mais la guerre tout entière – il mit en valeur la grandeur du peuple américain. Il y a quelque chose dans la guerre qui fait ressortir la grandeur. Je déteste dire ça, mais c’est la vérité. Bien sûr, c’est peut-être parce qu’on peut devenir très rapidement un type important pendant la guerre. Rien qu’une chose complètement dingue pendant deux secondes, et on est un grand bonhomme. Je pourrais être le plus grand coiffeur du monde, et peut-être que je le suis, qu’il me faudrait le prouver en passant toute une vie à couper les cheveux d’une façon impeccable, et encore personne ne le remarquerait. C’est exactement comme ça que les choses se passent en temps de paix, vous savez ?
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A présent, Paul était engagé lui-même sur un sombre chemin, épouvanté par le tableau, tel que Kroner l’avait dressé, des hommes qui se tenaient en tête de la procession de la civilisation et ouvraient les portes de nouveaux mondes insoupçonnés. Cette saynète stupide paraissait les satisfaire entièrement, comme une représentation de ce qu’ils étaient en train de faire, soulignant pourquoi ils le faisaient, montrant qui se dressait contre eux, et pourquoi certaines personnes étaient leurs adversaires. C’était un tableau splendidement simple que voyaient ceux qui conduisaient la procession. C’était comme si un navigateur, afin de débarrasser son esprit de tout souci, avait effacé tous les récifs de ces cartes.
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Harrisson s’était apparemment pris de sympathie pour Paul et, à présent, sans raison personnelle de se retourner contre celui-ci, il s’attachait au contraire à lui comme à un ami. C’était de l’intégrité pure, d’une qualité rare, parce qu’elle équivalait souvent, comme cela pouvait maintenant lui advenir, à une carrière suicide.
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« S’il vous plaît, qu’est-ce que signifie relations publiques ? » dit Khashdrahr.
« Cette profession », dit Halyard, citant de mémoire le Manuel, « ce métier consiste principalement, en se servant de la psychologie appliquée aux mass média, à cultiver l’opinion publique pour la rendre favorable aux décisions et aux institutions ayant fait l’objet de controverses sans que qui que ce soit d’important puisse être offensé et de telle sorte que l’économie et la société se maintiennent en parfait état de stabilité. »
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« Gutenberg ? » dit Khashdrahr.
« Oui, l’homme qui a inventé l’imprimerie. Le premier homme qui a produit des Bibles en grande quantité. »
« Alla sutta takki ? » dit le Chah.
« Hein ? » dit Halyard.
« Le Chah veut savoir s’il a d’abord fait une étude de marché. »

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« Au contraire, il est tout à fait et toujours heureux. Or mon mari dit qu’on est justement fait pour être mal adapté ; qu’on doit se sentir assez mal à l’aise pour se demander où sont les gens, où ils vont et pourquoi ils y vont. C’était le gros inconvénient de son livre. Il soulevait ces questions et il a été refusé. Aussi a-t-on proposé à mon mari du travail dans les relations publiques. »
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« Vous voilà à une croisée des chemins, mon garçon. Vous avez de la veine. Les gens n’ont pas tellement de carrefours. Rien que des rues à sens unique avec des falaises de chaque côté. »
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« Meadows », dit Harrison, « là où les hommes qui sont en tête du cortège de la civilisation démontrent en privé qu’au fond, ils ont mentalement dix ans d’âge et n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils sont en train de faire au monde. »
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« Le gibier, la terre et le pouvoir de se défendre envolés », fit Lasher, « les indiens prirent conscience que toutes les choses qui leur procuraient de la fierté lorsqu’ils les accomplissaient, tout ce qui leur avait donné le sentiment de leur importance, tout ce qui leur conférait du prestige, tous les moyens par lesquels ils justifiaient leur existence – tout cela s’en allait ou avait disparu. »
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C’était une proposition tellement nette, tellement tranchée, si différente de toutes celles qu’il avait affrontées auparavant. C’était, enfin et véritablement, le blanc et le noir, et non plus les pastels boueux entre lesquels il avait dû choisir pendant qu’il était dans l’industrie.
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Lasher sourit tristement. « Le grand individualiste américain », dit-il. « Il pense qu’il est l’incarnation du libéralisme à travers les siècles. Il se tient sur ses deux pieds, par Dieu, tout seul et immobile. Il aurait fait un bon lampadaire, si le temps avait été meilleur et s’il ne devait pas manger. »
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« Je soupçonne tous les gens d’être motivés par quelque chose d’assez sordide et je crois que les données cliniques corroborent ce que je dis. Des choses sordides, pour la plupart, sont ce qui motive les êtres humains, mon père y compris. C’est cela, j’en ai peur, qui constitue la condition humaine. Ce que le représentant du Ministère public a simplement fait est de démontrer que tout, dans ce monde que nous avons bâti pour nous-mêmes, semble apporter la preuve que je ne suis pas bon, que vous n’êtes pas bon, que nous ne sommes pas bons parce que nous sommes humains. »


READ DURING WEEK 17&18/06

Tuesday, January 17, 2006

LE-BREAKFAST-DU-CHAMPION

Kurt Vonnegut Jr

Edition originale: Breakfast of Champions
Editions J’ai Lu, 1974

Extraits

J’ai tendance à considérer les êtres humains comme de gros tubes à essai, en matière plastique, remplis à l’intérieur de substances chimiques en réaction.

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Quand je crée un personnage de roman, je suis fortement tenté de penser qu’il est comme il est à cause de petites erreurs de connexion, ou du fait de quantités microscopiques de substances chimiques que j’ai avalées, ou oublié d’avaler, justement ce jour-là.

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Je crois que je suis en train d’essayer de me faire une tête aussi vide qu’elle pouvait l’être à mon arrivée sur cette planète ébréchée – il y a de cela cinquante ans.

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S’ils examinaient leurs billets de banque, pour y découvrir un indice des buts que poursuivait leur pays, ils voyaient apparaître, au milieu de diverses autres formes baroques, le dessin d’une pyramide tronquée, surmontée d’un œil brillant. Le président des Etats-Unis lui-même aurait été fort en peine de dire ce que cela pouvait signifier. C’était un peu comme si le pays déclarait à ses citoyens : « La force est dans l’absurdité ».

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1492 : les instituteurs disaient aux enfants qu’il s’agissait là de la date de la découverte de leur continent par des êtres humains. En réalité, en 1492, des millions d’êtres humains vivaient déjà sur ce continent, d’une vie imaginative et bien remplie ; et il s’agissait simplement de la date où des pirates venus de la mer avaient entrepris de les tromper, de les piller, de les exterminer.

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Mais personne ne voulait l’écouter. Il n’était qu’un vieillard crasseux qui criait dans le désert, dans les arbres et dans les broussailles : « Les idées ou l’absence d’idées sont des causes de maladie ».

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Le seul compagnon nocturne de Dwayne était un chien, un labrador, qui répondait au nom de Sparky. A la suite d’une collision fortuite avec une automobile, un certain nombre d’années auparavant, Sparky était devenu incapable de remuer la queue, de sorte qu’il lui était impossible de montrer aux autres chiens à quel point ses intentions pouvaient être amicales. Sans cesse il lui fallait se battre. Ses oreilles étaient en loques. Il était couvert de cicatrice.

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Il disait à Bill que l’humanité méritait d’avoir une mort horrible pour avoir fait preuve de tant de cruauté et pour avoir dévasté une aussi belle planète.

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Kago ignorait que les êtres humains puissent être détruits par une idée aussi aisément que par le choléra ou la peste bubonique. Il n’existait par sur Terre la moindre procédure d’immunisation contre les idées stupides.

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C’étaient des filles de la campagne. Elles avaient grandi dans une région rurale du Sud, où leurs ancêtres avaient longtemps servi de machines agricoles.

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- Pour mon frère, c’est pire encore, poursuivit le conducteur. Il travaille dans une usine de produits chimiques, qui doivent exterminer les plantes et les arbres, au Vietnam.
Le Vietnam était un pays où l’Amérique essayait d’empêcher les populations de devenir communistes, en le arrosant, par avion, de produits divers. Les produits chimiques auxquels le conducteur faisait allusion avaient pour but de défolier la surface du sol, afin qu’il devienne très difficile pour les Communistes d’être hors de vue des avions.
- T’en fais pas pour ça ,dit Trout
- A la longue, il est en train de se suicider, dit le conducteur. On dirait aujourd’hui que les seuls boulots qu’un Américain puisse trouver, c’est quelque chose qui, d’un façon ou d’une autre, le conduit au suicide.
- Excellente remarque, répondit Trout.

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Il avait depuis longtemps cessé de se tourmenter à propos de la façon dont les choses devraient se présenter sur la planète, par contraste avec ce que l’on y voyait en réalité. Pour la Terre, il n’y avait pas d’autre moyen d’exister que la façon dont elle existait réellement.
Tout y était nécessaire. Il vit une vieille femme blanche en train d’explorer le contenu d’une boîte à ordures. C’était par nécessité. Il vit un jouet pour la baignoire, un canard en caoutchouc – couché sur le côté sur la grille d’une bouche d’égout. Il fallait qu’il soit là. Et ainsi de suite.

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La serveuse qui s’occupait de Dwayne au Burger Chef était une jeune Blanche de dix-sept ans qui s’appelait Patty Keene. C’était une blonde aux yeux bleus. Pour un mammifère, elle était d’un âge fort avancé. A l’âge de dix-sept ans, la plupart des mammifères sont séniles ou morts. Mais Patty appartenait à une espèce de mammifères qui se développait très lentement, de sorte que le corps dont elle se servait arrivait à peine à maturité.

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Il paraissait à présent à peu près aussi aimable et détendu qu’in serpent à sonnette enroulé sur ses anneaux. C’étaient évidemment les substances chimiques nocives qui le contraignaient à prendre cette apparence. Le Créateur de l’Univers lui a attaché une crécelle à la queue. Le Créateur lui a également donné des dents de devant qui sont des seringues hypodermiques remplies d’un poison mortel.
Il arrive parfois que je m’interroge sur les desseins du Créateur de l’Univers.

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Dans ce bar, contemplant à travers mes vides un monde de mon invention, je murmurai tou bas : schizophrénie.
Le mot m’avait fasciné depuis des années par son aspect et sa sonorité. Il me semblait entendre et voir un être humain humer l’air dans un blizzard de bulles de savon.
Je n’étais pas sûr – et ne le suis toujours pas – d’être vraiment atteint de cette maladie. Je ne savais qu’une chose : j’étais horriblement tourmenté de ne pouvoir concentrer mon attention sur des détails de la vie qui ont une importance immédiate, et de refuser de croire ce que croyaient mes voisins.

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La serveuse m’apporta une autre consommation. Elle aurait voulu rallumer ma lampe-tempête, et je ne voulais pas.
- Comment pouvez-vous y voir dans le noir, avec vos lunettes de soleil ? me demanda-t-elle.
- Tout le spectacle est dans ma tête.

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Kilgore Trout avait écrit une nouvelle, dont le sujet était un dialogue entre deux micro-levures. Celles-ci discutaient ensemble des buts essentiels de l’existence, tout en mangeant du sucre et en étouffant dans leurs excréments. Du fait de leur intelligence limitée, elles n’arrivaient jamais à comprendre qu’elles étaient en train de fabriquer du champagne.

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Trout se rendait également compte de ma présence. Et cela le mettait plus mal à l’aise que le regard de Dwayne. La raison en était que, parmi tous les personnages que j’avais créés, Trout était le seul à avoir assez d’imagination pour soupçonner qu’il pouvait être lui même la création d’un autre être humain. Il avait plusieurs fois envisagé cette éventualité, au cours de ses conversations avec son perroquet. Il lui disait, par exemple :
Bon Dieu, Bill, de la façon dont les choses se présentent, je ne peux pas m’enlever de la tête que je suis un personnage dans le livre d’un type qui a voulu raconter l’histoire de quelqu’un qui aura passé sa vie à souffrir.

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Disons incidemment que nous sommes, tous autant que nous sommes, collés à la surface d’une boule. La planète est sphérique. Personne n’a jamais pu savoir pourquoi nous n’en tombons pas, même si tout un chacun se flatte vaguement de le comprendre.
Les plus malins ont parfaitement compris que l’une des meilleures façons de s’enrichir est de posséder une portion convenable de la surface où tout le monde doit rester collé.

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Vous êtes démoralisé, comment ne le seriez vous pas ? C’est évidemment une chose éreintante que d’avoir sans cesse à raisonner dans un univers qui n’a jamais été fait pour être raisonnable.

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Vos parents étaient des machines combattantes et des machines qui s’apitoyaient sur leur sort, poursuivait le livre. Votre mère avait été programmée pour reprocher sans cesse à votre père d’être une machine à sous détraquée, et votre père avait été programmé pour reprocher à sa femme d’être une machine ménagère hors d’état de fonctionner. Ils avaient été programmés tous deux pour s’accuser réciproquement d’être des machines à faire l’amour défectueuses.
De plus, votre père avait été programmé pour quitter la maison en claquant la porte, ce qui, automatiquement, transformait votre mère en machine larmoyante. Et votre père allait s’attabler dans un bistrot, pour s’y saouler en compagnie d’autres machines biberonnantes ; ensuite, toutes les machines titubantes s’en allaient ensemble au bordel afin d’y louer des machines à baiser. Ensuite, votre père retournait péniblement à la maison, pour se transformer en pitoyable machine à excuses. Et votre mère mettait beaucoup trop longtemps à devenir une machine pardonnante.

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De nombreuses personnes, à Midland City, plaçaient des objets provenant de Hawaii, ou de Mexico, ou d’autres endroits similaires, sur des tables de salon, sur des commodes, ou sur une quelconque étagère – et l’on appelait ce genre d’objets des sujets de conversation.


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